21 juillet 2026
Rome : un parfum à deux jours de salaire, et l'affaire montée par les affranchis
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La Rome du début de la République ne voyait pas d'un bon œil le luxe oriental, parfums compris. En 189-188 av. J.-C., les censeurs allèrent jusqu'à promulguer une (inefficace) interdiction des parfums exotiques — ce qui prouve à lui seul la rapidité avec laquelle la popularité du parfum se répandait dans toutes les couches de la société malgré l'interdiction. Après la conquête de la Méditerranée orientale et la guerre contre Antiochos III, les vannes s'ouvrirent en grand. Et si l'on cherche précisément où, dans le monde romain, le parfum était fabriqué, on aboutit à un site fouillé à Paestum, dans le sud de l'Italie, aux fresques de la Maison des Vettii à Pompéi, et à des dizaines d'inscriptions funéraires d'esclaves affranchis qui se sont enrichis grâce aux parfums.
L'atelier du forum où personne n'aurait pressé d'olives
Dans le coin nord-ouest du forum de Paestum — la Poséidonia fondée par les Grecs, devenue colonie romaine en 273 av. J.-C. après la guerre contre Pyrrhus —, les archéologues ont mis au jour dès les années 1920 un lit de pressoir en marbre. L'archéologue français Jean-Pierre Brun y a mené, en octobre 1995, un nouveau sondage avec un objectif précis : établir la datation, le type de pressoir et la fonction de l'atelier. Résultat : l'activité existait déjà depuis la fondation de la colonie — des amas de tessons de flacons à parfum (unguentaria) remontent au IIIe siècle av. J.-C. —, mais le pressoir en marbre lui-même n'a été installé que dans la seconde moitié du Ier siècle apr. J.-C., et est resté en usage au moins jusqu'au IIIe siècle apr. J.-C.
L'emplacement à lui seul est une preuve : au IIe siècle apr. J.-C., le forum servait de marché public, non de terrain agricole, si bien que le pressoir ne pouvait pas servir à la production ordinaire d'huile de table. À cela s'ajoutent un travail de la pierre extrêmement soigné — les blocs de pressoir utilitaires étaient généralement laissés bruts —, un mortier profond découvert lors de fouilles antérieures, et des sillons d'érosion à la surface de la pierre causés par l'acide oléique d'un pressage lent et prolongé. Les archéologues reconnaissent exactement ce type d'usure sur les pressoirs calcaires, profondément érodés, de Tunisie. Il s'agissait donc bien d'huile pressée lentement, sur une longue durée — exactement comme le recommande l'agronome romain Columelle : « Broyez les olives dans un moulin suspendu et disposez-les sur les disques du pressoir de façon à ne pas surcharger les récipients, mais à ne les laisser s'égoutter que peu à peu, sous le seul poids du pressoir. »
Des Amours au travail : ce que montrent les fresques de Pompéi
Le type de pressoir installé à Paestum peut être identifié grâce à sa concordance avec une autre source : la peinture. Dans la Maison des Vettii à Pompéi subsiste une frise sur fond noir où des Amours et Psyché s'adonnent à divers métiers : les vendanges, la fabrication du vin, la forge, la cueillette des fleurs — et, sur la dernière scène, tout le processus de fabrication du parfum, de droite à gauche. La peinture montre un pressoir à coins : deux montants verticaux reliés par une poutre, entre lesquels on enfonçait à coups de maillet des coins de bois, comprimant peu à peu un panier rempli de pâte d'olives. C'est exactement le type que Héron d'Alexandrie décrit, au milieu du Ier siècle, comme le pressoir standard des parfumeurs. David Mattingly (1990) a démontré qu'un pressoir semblable, dans un atelier pompéien de la Via degli Augustali, longtemps pris à tort pour un pressoir à vis, était en réalité lui aussi un pressoir à coins — les pressoirs à vis directe ne se répandirent dans le monde romain qu'un siècle plus tard.
Une fresque de la Maison des Cerfs à Herculanum montre une étape supplémentaire : un Amour remue un liquide dans un bol posé sur un trépied au-dessus du feu — le chauffage de l'huile avec les matières premières (enfleurage à chaud). Dans la frise de la Maison des Vettii, deux autres Amours broient des ingrédients dans un mortier — teintures, résines, fixateurs —, tandis qu'un troisième se tient devant un comptoir avec une spatule et un flacon de parfum ; devant lui repose un rouleau portant la recette, ainsi que des balances pour mesurer les ingrédients selon la formule. Derrière lui, une armoire ouverte avec des flacons de verre et une statuette de Vénus. Dernière scène : un Amour vient d'appliquer du parfum sur le poignet de Psyché, assise, qui porte la main à son visage pour en sentir l'odeur.
Capoue, capitale des parfumeurs
Alors que Délos était un port et Paestum un petit atelier local, le véritable centre de la parfumerie romaine se trouvait en Campanie. Capoue était surnommée la « capitale des parfumeurs » — et le mot même désignant les parfumeurs de la ville, seplasiarii, vient de Seplasia, la place où ils tenaient boutique. La Campanie cumulait deux atouts : une riche production d'huile d'olive (l'huile de Venafrum était particulièrement prisée ; Pline écrit qu'« elle se prête si bien, par son parfum, à la parfumerie, qu'on lui décerne la palme de la victoire ») et une quantité inépuisable de roses. Selon Pline, « au printemps, après une pause, les champs produisent une rose au parfum plus doux que celle du jardin — c'est pourquoi on dit que les Campaniens produisent plus de parfum que d'autres ne produisent d'huile ». Virgile, Ovide, Properce et Martial chantent tous les rosaria de Campanie — des champs de roses fleurissant deux fois par an, si étendus qu'il s'agissait manifestement d'une culture commerciale, et non d'un jardin d'agrément.
Combien coûtait le parfum, et qui s'enrichissait grâce à lui
Pline a laissé une liste de prix des matières premières : la plus chère était le baume de Judée, jusqu'à 1000 deniers le sextier (environ 0,55 litre), la cannelle 300 deniers la livre, tandis que des ingrédients moins chers comme le styrax, le henné ou la cardamome coûtaient d'un à dix-sept deniers. Pour les parfums finis, une donnée plus précise vient du papyrus égyptien Graux 10 (une lettre adressée à un notable du Fayoum, Ier siècle apr. J.-C.) : une cotyle — environ 0,24 litre — de la meilleure huile de rose italienne se vendait en Égypte huit drachmes, soit environ huit sesterces, ce qui, comparé au salaire d'un ouvrier agricole de l'époque, représentait un peu plus de deux journées de travail. L'édit du maximum de Dioclétien, en 301, fixa plus tard la livre de la meilleure huile de rose à 80 deniers — plus de trois fois le prix de l'huile d'iris (30 deniers), mais bien moins que la myrrhe (400 à 600 deniers).
La parfumerie était lucrative, mais socialement peu considérée — l'Histoire Auguste place la profession de seplasarius au même rang que celle d'aubergiste ou de tenancier de bordel. Elle enrichissait pourtant des gens qui, autrement, n'auraient eu aucune chance de s'élever socialement. Sur cinq inscriptions capouanes mentionnant des parfumeurs, quatre concernent des affranchis, et la cinquième probablement le fils d'un affranchi. La famille de L. Faenius Rufus, de rang équestre, avait dans tout l'empire des clients affranchis exerçant dans le parfum — à Rome, à Pouzzoles, à Bovillae, à Ischia. Le modèle habituel : une famille fortunée finançait l'entreprise et recevait en retour des intérêts sur le prêt, la moitié des bénéfices, ou, à partir du milieu du Ier siècle av. J.-C., la moitié de la succession de l'affranchi. Certains allèrent loin : à Pompéi, M. Decidius Faustus devint minister Augusti et fit don d'une offrande au temple d'Apollon ; à Lyon, Pisonius Asclepiodotus devint sévir augustal — une charge honorifique réservée aux affranchis fortunés.
Série sur la parfumerie antique : épisode 0 — Tappūtī, la première parfumeuse attestée · épisode 1 — Mésopotamie : le commerce dans l'ancienne Larsa · épisode 2 — Égypte : le kyphi et l'expédition vers Pount · épisode 3 — Grèce : Délos et Théophraste
Pour aller plus loin : Jean-Pierre Brun, « The Production of Perfumes in Antiquity: The Cases of Delos and Paestum », American Journal of Archaeology 104.2 (2000), 277-308 — la même étude que pour l'épisode sur Délos, avec une description détaillée de l'atelier de Paestum, des fresques pompéiennes et une annexe de 56 inscriptions latines mentionnant des parfumeurs romains. David J. Mattingly, « Painting, Presses and Perfume Production at Pompeii », Oxford Journal of Archaeology 9 (1990), 71-90, pour l'identification du type de pressoir figurant sur les peintures pompéiennes.
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